En septembre 2005 je suis allé dîner dans le Vieux-Montréal et c’est tout à fait par hasard que je suis tombé sur un tronçon de la rue McGill complètement en chantier. Les travaux consistaient à remplacer des tuyaux d’aqueduc je crois. Mais pour y parvenir, les ouvriers ont dû concasser tout le côté est de McGill et ce, entre Notre-Dame et la place D’Youville. Ces travaux auraient été tout ce qu’il y a de plus banal si ca n’aurait été de ce que les ouvriers ont trouvé en cassant la rue.



On peut affirmer, sans l’ombre d’un doute, que ces travaux de voirie se sont avérés plus complexes qu’initialement prévus puisque personne n’avait songé (même pendant un instant) qu’on trouverait des rails de tramway!! Imaginez la surprise des travailleurs lorsque la pelle mécanique a cogné sur ces rails… Ces travailleurs ont été les premiers surpris de cette trouvaille qui allait néanmoins ralentir les travaux. Les plus jeunes ignoraient même que des tramways avaient roulé à Montréal. Pour ces ouvriers, enlever les rails ainsi que les montants de bois n’a sûrement pas été une cinécure!
Regardons plus en détails ce qu’ils ont trouvé:

1) La couche d’asphalte actuelle (il est possible qu’il y en ait une deuxième)
2) Les rails. Celles-ci se trouvaient sous la portion ouest de McGill.
3) Les montants de bois. Ceux-ci étaient bien placés au sol et les rails solidement fixées sur ceux-ci.
4) Le pavé-uni. Très utile autour des rails et j’explique avec l’aide de la photo ici en dessous:

J’ai trouvé cette portion de voie sur la rue d’Youville tout juste au sud de l’ancien édifice des douanes et qui fera très bien l’affaire pour les besoin de cette petite explication (comme quoi certaines de ces voies ont encore une utilité). Donc, si l’on regarde à droite des voies, on remarque le pavé-uni. Reculons maintenant au temps où des tramways circulaient sur cette voie et imaginons que ce petit bout de tronçon a besoin de certaines réparations. Les cantoniers arrivent, ôtent tout le pavé-uni nécéssaire aux travaux, effectuent lesdits travaux et ensuite replacent le pavé-uni. Ni vu ni connu et aucun besoin de casser de l’asphalte. Ingénieux, non?
Evidemment, une question revient souvent; pourquoi avoir pavé par-dessus les rails plutôt que de les enlever? Il faut se remettre dans le contexte de l’époque. A la fin des années cinquante on voit la prochaine décennie comme étant celle qui propulsera Montréal dans l’avenir de façon significative. Pour l’administration municipale, cette “modernité” est surtout symbolisée par l’automobile, la nouvelle reine de la ville. Et pour cette royauté on ne déroulera pas un tapis rouge, mais bien un tapis d’asphalte. Plusieurs même. Et ceci, sans compter l’autobus, celui qui attendait depuis longtemps de prendre la place des vétustes tramways.
Bien que certaines portions de voies ont été enlevées sur St-Denis et Notre-Dame, on s’est vite rendu compte que c’était un exercice long et coûteux. La reine automobile n’a pas pris de temps a faire de gros soupirs et à taper du pied, enfin, de la roue. Son mécontentement résolument palpable, on s’empressa alors de règler le problème en asphaltant par dessus tout ce qu’il pouvait y avoir de voies restantes.
Voilà pourquoi certains bouts de rue particulièrement achalandés laissent apparaître de temps en temps ces vestiges de notre passé. De notre histoire, que l’on a malhabilement recouverts comme s’il s’agissait d’une honte. Et pourtant, les projets actuels de tramways évoqués par le maire Tremblay, reprennent presque mot pour mot les arguments qui avaient d’abord amenés le tramway électrique à faire son apparition en 1892.






